Santé / Social

e-Parcours : que retenir du programme à mi-parcours ?

e-Parcours

Publié le

15/2/2022

En tant que partie prenante du pilotage et du déploiement du programme e-Parcours auprès des ARS, des GRADeS et de l’ensemble des acteurs des territoires impliqués, il nous paraissait opportun de partager notre point de vue sur celui-ci après 2 ans de travaux.

Début octobre 2021, la DGOS, pilote du programme, accompagnée de l’ANAP, dressait un point d’étape à l’occasion des journées nationales e-Parcours. Il faisait suite à l’annonce de la prorogation du programme e-Parcours à fin 2023, ainsi que la restitution en janvier 2022 d’une première évaluation du modèle économique du programme.

Des avancées parallèles à saluer

D’un côté, le déploiement des dispositifs de coordination avance. Les chiffres présentés par la DGOS annonçaient 120 projets DAC déjà aboutis (85%) ou initiés et seulement 9 territoires sur lesquels il n’y a pas de dynamique projet à ce jour. Concernant la constitution de CPTS, au 30 Juin 2021, 671 projets étaient déjà recensés sur les 1000 prévus. Concernant les dispositifs article 51, l’Atlas du 51, consultable ici, dénombrait 151 terrains d’expérimentations régionales et nationales en France (hors expérimentations ministérielles) au 30 Juin 2021.

Ces quelques données pour illustrer ce que nous constatons dans les régions que nous accompagnons : les projets de coordination se multiplient, d’abord grâce au soutien du législateur et les leviers financiers associés (ACI, financements d’actes dérogatoires, fonds innovants, etc.) accélérés il est vrai, par la crise sanitaire. Cet effet catalyseur de la crise sanitaire est nettement perceptible et nous le constatons tous.

De l’autre, le déploiement des outils de coordination régionaux se généralise et la plupart des régions sont dorénavant équipées d’une solution (seule une région n’a pas fait encore l’acquisition de son outil). Les quelques chiffres communiqués par la DGOS sont éclairants : près de 41 000 dossiers de coordination ont déjà été ouverts et presque 800 000 utilisateurs uniques se sont déjà connectés aux outils de coordination.

Ainsi, pris indépendamment, chacun des deux axes démontre une progression probante. Des dynamiques d’acteurs portent des projets qui mailleront bientôt l’ensemble du territoire, sans forcément de plan de communication.

Des trajectoires à faire converger

Au-delà de ces chiffres et de la visibilité d'une dynamique bien réelle, il paraît opportun d'apporter quelques nuances à la situation actuelle dans une perspective d’un nouvel élan souhaité pour le programme.

Si on s’attache à porter un regard croisé sur ces déploiements, l’un devant répondre aux besoins de l’autre, peut-on se réjouir de l’évaluation positive qui se dessine aujourd’hui ? Force est de constater qu’à ce stade, il convient de rester modeste.

          Pas de solutions miracles

D’un point de vue technique, compte tenu de l’ampleur de ces projets et du temps de mise en œuvre, les services déployés sont parfois menacés d'être rapidement dépassés par d’autres solutions du marché parfois non référencées dans les centrales d’achat. L’approche orientée « progiciel », souvent subie par un besoin fort d’adaptation des outils, a pu limiter l’agilité et renforcer le rôle de maître d’œuvre de certaines régions.

L’ergonomie de ces solutions peut être améliorée. Certaines implémentées sont très éloignées de l’état de l’art proposé par d’autres applications disponibles sur le marché de la coordination et qui ont fait le pari d'une expérience utilisateur la plus fluide possible.

Concernant le périmètre fonctionnel couvert par ces applications (pour rappel : la cible fonctionnelle ayant été formalisée dès 2018 par le cahier des charges national e-Parcours), les services d’appui à la coordination sont parfois devenus insuffisants face à des professionnels devenus aguerris en la matière. Ils ont su au cours des années - en particulier depuis la crise - identifier davantage leurs besoins et exiger du numérique d’autres services que la simple numérisation de leur processus métier. On pense à l'exploitation des données à visée prédictive, l'aide au diagnostic et à la décision, l'usage concret de l'intelligence artificielle, une accélération de la dématérialisation des processus de facturation, etc.).

Par ailleurs, l’engouement pour les solutions de coordination est tel, que les acteurs régionaux peinent à répondre à la demande. En effet, certains professionnels ne sont pas tous au même stade et certains cherchent déjà à faire l’acquisition de solutions. Qu’il s’agisse d’établissements de santé, de collectifs de soins, ils se tournent vers des solutions innovantes développées par des start-ups, permettant davantage de répondre à des besoins métiers spécifiques au détriment d'une démarche d’outillage régionale inéluctablement plus lente à mettre en œuvre.

        Une stratégie mouvante… et vivante

L’expérimentation TSN, n’a pourtant pas été suivie d’une généralisation comme telle, tant les retours d’expérience n’ont pas toujours permis d’identifier « le » modèle de plateforme, mais au moins d’identifier les fonctions et bouquets de services attendus par les acteurs de la coordination. Cette seconde phase a été surtout l’occasion de donner la chance à l’ensemble des régions, et dans un cadre national cohérent, de décliner à la fois le volet numérique et organisationnel attendu du programme.

Pour rappel, la mise en œuvre des programmes TSN, puis SNACs et e-Parcours s'est faite dans des structures en émergence, souvent (pré)occupées à définir un projet social et d’organisation, indispensable prérequis pour ensuite s’attaquer au chantier d’équipement numérique.

D’un point de vue de la gouvernance territoriale du programme, d’une région à l’autre, la place donnée à chacun des acteurs n’est pas la même. Il va de soi que la philosophie initiale du programme e-Parcours devait se tourner vers les professionnels de ville. Là encore, l'implication et les dynamiques régionales sont inégales, que ce soit dans l'intégration des professionnels dans la gouvernance stratégique de ces programmes, tout comme dans la participation à la gouvernance opérationnelle. Ce programme a tout à gagner d'un renforcement de la présence d'acteurs, mais cet état de fait est conditionné à la structuration des destinataires du programme, en particulier les DAC et les CPTS. Combiner structuration organisationnelle et mise en œuvre d’un système d’information adapté et performant, est-ce une gageure ?

Cela a été pourtant l’occasion unique d’inviter la ville, l’hôpital, le médico-social et le social autour de la même table, tous impactés et intéressés par l’approche Parcours, et ainsi décloisonner le système de santé via ce projet. C’est aussi risquer de faire des déçus si l’on s’attache à l’objectif premier d’outiller les DAC. Pourtant, c’est aussi l’occasion de faire émerger des nouvelles modalités de prises en charges coordonnées, en s’affranchissant des organisations historiques et émergentes, à l’instar de certains article 51. Quoi qu’il en soit, c’est la dynamique autour du partage de l’information et d’apprendre à travailler ensemble qui est importante.

Certaines gouvernances s’appuient sur un fort positionnement des libéraux, d’autres sur les dispositifs DAC et d’autres sur une articulation Ville/hôpital. Dans tous les cas, il convient de pouvoir répondre à l’ensemble des besoins sans que prédominent les intérêts d’un seul.  

Enfin, à l’heure où les priorités nationales sont au Ségur, l’articulation de l’Espace Numérique de Santé avec les solutions de coordination reste encore à positionner concrètement pour les utilisateurs. Face à ces constats, il reste également à poursuivre certains travaux initiés pour faire converger les outils de coordination afin de les rendre conformes à la doctrine technique.

Préparer le e-Parcours de demain pour répondre aux besoins d’aujourd’hui

A l’aube de la fin du programme, initialement fixée à décembre 2022 et prorogée jusqu’en décembre 2023, les pouvoirs publics et les acteurs impliqués s’interrogent sur la suite, mais souhaitent y croire et nous aussi.

Quelles seront les autres fonctionnalités à inclure demain pour garantir aux acteurs l’outil minimum viable en matière de coordination ? Sur le cas particulier des DAC dont il est prévu que l’outil de coordination soit leur outil métier, les fonctionnalités proposées seront-elles suffisantes pour couvrir leur processus quand ceux-ci ne sont, à ce jour, pas toujours matures ? La notion de CRM, peu encore exploitée, semble essentielle à l’activité de coordination et d’orientation et certains acteurs du CRM commencent à comprendre les enjeux et marché potentiels dans le secteur de la santé…

Ainsi, le programme e-Parcours est donc au milieu du gué, bien démarré, mais devant trouver ses marques et son positionnement de maturité entre une offre privée qui se déploie tous azimuts et un paysage de la coordination en pleine responsabilisation. Des actions de communication à grande échelle sur le service rendu de ces structures vers la médecine de ville et les établissements permettront également de mieux positionner l’offre de coordination sur un territoire et ses missions d’appui.

Enfin, la dynamique industrielle au service de la coordination doit encore se préciser, compte tenu de la taille des marchés, de la place laissée aux startup et intégrateurs sur un marché territorial grignoté par les SI locaux privés et les SI nationaux publics.

Que l'on se rassure : tous les acteurs concourent à leur utilisation pour atteindre les cibles d'usage identifiées. Un seul paramètre restera à étudier, au-delà des usages fonctionnels : le bénéfice "clinique" de ces outils pour les patients - usagers, territoire vierge d'évaluation jusqu'alors, et in fine le niveau d’impact d’une coordination structurée sur l’amélioration du système de santé, mais qui pourrait dessiner les orientations de santé publique de demain, en alliant plus encore numérique, coordination - coopération et proximité.

En conclusion, la digitalisation du métier de la coordination en santé peut s’inscrire dans un temps long pour permettre de tester et explorer avant de converger véritablement.
D’autant plus si ces étapes sont sources d’innovations organisationnelles et technologiques et surtout permettent d’améliorer l’accès et l’utilisation d’une offre santé / social indispensable à l’évolution de nos sociétés.

SOURCES :

[1] ANAP -Journées nationales eParcours - 28 septembre et 1er octobre 2021

[2] L’Atlas du 51 (solidarites-sante.gouv.fr)

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