L’heure est au bilan. Les SDSI (Schémas Directeurs du Système d’Information) qui ont été élaborés par les GHT au début de leur histoire (années 2017/2019) arrivent à échéance.
Le défi sous-estimé de la convergence, des événements inédits (COVID, attaques cyber…) et une accélération des politiques publiques (Ségur, France 2030, Feuille de Route du Numérique en Santé 2023) au cours de la période d’exécution sont venus percuter la trajectoire planifiée à l’époque, mettant en lumière les difficultés de l’exercice ainsi que le manque de moyens – budgets, compétences, leadership – dont disposent les DSI par rapport à d’autres secteurs.
Le renouvellement nécessaire de la stratégie et de la planification numérique des établissements est l’occasion de réviser la méthode d’élaboration des SDSI de demain. Les bouleversements de l’écosystème, les financements, la poursuite du Ségur Numérique nous obligent à penser autrement et à tirer les bénéfices de l’expérience précédente afin de produire des SDSI durables et réalisables.
C’est également l’occasion d’interroger la place de la Data et de l’innovation dans l’espace numérique des GHT et des établissements de santé : sujet de la DSI ou émergence de nouveaux acteurs du numérique au sein des organisations ?
La loi de modernisation du système de santé entrée en vigueur le 26 janvier 2016 a fait naître les GHT ainsi que la politique de convergence.
Avec pour finalité une amélioration de la prise en charge des patients au sein d’un territoire, une mutualisation des moyens ainsi qu’un meilleur partage de l’information entre les établissements, les SDSI se sont concentrés sur plusieurs grands axes :
Ce chantier s’est avéré colossal au sein d’organisations très hétérogènes en matière de maturité numérique. Cinq ans plus tard, force est de constater que seulement 60 % des structures ont adopté les outils convergents envisagés. Pour certains établissements, la notion même de convergence des fonctionnements ou des outils reste encore balbutiante.
Les SDSI n’ont pas toujours été menés à terme. Pourquoi ?
Durant la période d’exécution des SDSI, le marché des logiciels de santé a connu des transformations majeures. Fusions, acquisitions et disparitions d’acteurs ont profondément modifié l’offre disponible.
Pour les établissements de santé et les GHT, deux grandes familles d’éditeurs dominent aujourd’hui le marché : les solutions de gestion administrative et les DPI. Après une stabilisation observée en 2022, le marché a repris sa dynamique de concentration à partir de 2023 avec notamment les acquisitions réalisées par de grands groupes comme Docaposte ou Enovacom.
Aujourd’hui, une vingtaine d’éditeurs représentent l’essentiel du marché. Quinze acteurs concentrent à eux seuls 82 % des usages professionnels, favorisant l’interopérabilité avec les SI des GHT. À l’inverse, 135 éditeurs se partagent les 18 % restants.
Ces chiffres sont issus du rapport « Industriels du numérique en santé 2022 » publié par le GIE SESAM-Vitale.
Parallèlement, le Ségur du Numérique a imposé de nouvelles priorités aux établissements comme aux éditeurs, nécessitant une révision des feuilles de route alors même que la crise sanitaire mobilisait fortement les professionnels de santé.
L’arrivée de solutions nationales telles que l’INS, le DMP ou Mon espace santé a également remis en question certaines briques régionales identifiées dans les SDSI initiaux.
Ces constats amènent aujourd’hui trois questions majeures :
La réglementation actuelle offre désormais un cadre normé favorable à l’interopérabilité entre les différentes solutions du système d’information.
Cette évolution permet d’envisager les SDSI autrement, en se concentrant davantage sur la circulation et la valorisation de la donnée que sur la seule convergence des outils.
Cette approche permet d’adapter les solutions aux besoins réels des professionnels tout en garantissant le partage de l’information entre établissements et services.
Pour conserver les usages existants tout en développant l’échange de données, la clé réside dans une interopérabilité fondée sur les normes du référentiel CI-SIS.
Proposer des solutions ergonomiques et simples à utiliser est devenu essentiel pour améliorer l’expérience des professionnels de santé.
Le travail sur les interfaces utilisateurs vise à fluidifier les saisies et à supprimer les tâches à faible valeur ajoutée qui alourdissent le quotidien des équipes.
L’automatisation joue ici un rôle déterminant en supprimant les ressaisies, souvent sources d’erreurs et particulièrement chronophages.
L’objectif est clair : redonner du temps aux professionnels afin qu’ils puissent se concentrer pleinement sur leur cœur de métier, la prise en charge des patients.
Un nouvel acteur s’impose désormais dans l’écosystème numérique de la santé : l’intelligence artificielle.
Son intégration sera facilitée par les avancées en matière d’interopérabilité et par la capacité des systèmes à mettre à disposition la bonne donnée au bon moment dans les outils métiers.
L’IA peut contribuer à améliorer l’analyse des données médicales, optimiser certains processus et soutenir la prise de décision. En facilitant les échanges d’informations entre les systèmes, les établissements ouvrent la voie à de nouveaux usages innovants et à une meilleure valorisation de leur patrimoine informationnel.
Cette évolution doit néanmoins s’inscrire dans un cadre éthique et sécurisé afin de préserver la confiance des professionnels et de protéger les données sensibles des patients.
Dans un environnement où l’information médicale doit être disponible rapidement, la simplicité d’accès à la donnée constitue un enjeu majeur.
Les SDSI doivent garantir à la fois la disponibilité, la sécurité et la fluidité d’accès à l’information, quel que soit son lieu de stockage.
Les mécanismes d’authentification modernes contribuent à cet objectif :
Ces technologies permettent de réduire les temps d’accès tout en renforçant la sécurité et la confidentialité des données médicales.
Une stratégie numérique ne produit de résultats que si elle s’accompagne d’une conduite du changement ambitieuse et structurée.
Cela concerne :
Après une première génération de SDSI fortement orientée vers la convergence, les futurs exercices stratégiques devront porter davantage de sens pour les établissements et les professionnels.
Le numérique au service des parcours de soins, du développement des usages, de l’accès à la donnée et de sa valorisation constitue aujourd’hui une perspective plus mobilisatrice.
Ce nouveau souffle suppose également un contrat de confiance renouvelé entre les DSI et les directions générales afin de faire du SDSI un véritable outil de dialogue, de pilotage et d’arbitrage.
Enfin, les SDSI devront devenir plus évolutifs grâce à une gouvernance robuste et à un pilotage continu du portefeuille d’activités, permettant d’intégrer les évolutions fréquentes de l’écosystème et de mesurer la performance réelle des projets engagés.
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Article rédigé en partenariat avec Capgemini Invent.

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